Abdelmadjid Menasra : Président du Front du changement La violence contre les femmes nous éloigne des vrais débats

– Hier, le Parlement a voté une loi criminalisant les violences faites aux femmes. Vos députés se sont abstenus…

Il appartient de droit à la femme, comme à l’homme, de déposer plainte contre celui qui la violente. Dans le cas de cette loi, je pense qu’on se trompe de débat, la femme comme l’homme sont chaque jour violentés par la frustration sociale. Je ne pense pas qu’un homme épanoui et équilibré socialement puisse faire du mal à son épouse ou à n’importe quelle autre femme dans la rue. Le débat est ailleurs, c’est dans l’éducation qu’on doit piocher.

Mais aussi dans l’émancipation de la femme et son implication dans les grands débats. Faire voter une loi qui incite la femme à la rébellion contre son mari sans lui donner les vrais moyens d’épanouissement ne peut que la détruire elle et sa famille. Cette loi n’a aucun lien avec les valeurs de la famille algérienne qui a toujours été une institution puissante qui gère les problèmes de ses membres sans laisser un étranger, à savoir le juge, s’en mêler.

– Donc vous pensez que parler des chiffres effarants des violences dont les femmes sont victimes chaque jour est un faux débat…

Les chiffres de la violence routière, dans les stades, dans les quartiers, du chômage, de la corruption… m’effraient aussi. La société est gangrenée de partout et ce débat sur les violences faites aux femmes n’est qu’une carte utilisée par le pouvoir pour blanchir son image devant l’Occident et faire oublier aux intellectuels les vrais débats. On ne peut émanciper la femme loin de l’homme !

– Le forum qu’organise votre parti le 9 mars à Alger, à l’occasion de la Journée de la femme, prévoit de parler de «La femme dans la législation algérienne». Quels sont les déficits juridiques dans le statut de la femme ?

Il faut savoir qu’au Front du changement, on ne dissocie pas la femme de la famille. Pour nous, elle est l’élément vecteur de la société à travers son rôle au sein de cette institution. Les déficits en termes juridiques sont remarquables et visibles dans notre société. Lorsqu’une législation facilite le divorce, lorsque les dus du mari qui répudie sa femme (logement et pension) ne sont pas vérifiés, on joue avec l’avenir des enfants. On a vu des femmes et des enfants à la rue. Le problème n’est pas forcément dans les lois, mais dans leur exécution et très souvent dans la mentalité de l’Algérien.

– Que pensez-vous du combat des femmes en Algérie contre la polygamie, pour la parité, ou encore la criminalisation des violences ? Votre parti assume-t-il cet héritage des luttes ?

La religion de l’Etat est l’islam. Toutefois, si l’islam autorise la polygamie, il ne l’impose pas. De toute manière, je ne pense pas que ce soit un grand débat dans la société algérienne, vu que le nombre d’hommes polygames est minime. Quant à la parité, je trouve ce terme ambigu. L’islam et la Constitution algérienne affirment l’égalité entre les êtres humains quel que soit leur sexe. Mais parité ne veut pas dire égalité, elle est même contre l’égalité. On ne peut diviser notre société.

On appelle à son homogénéité et on favorise le plus compétent, surtout au Parlement. Pour ce qui est du mouvement féministe, bien qu’il n’ait rien apporté de nouveau, on ne nie pas son engagement et les acquis qu’il a pu arracher. Néanmoins, je pense que les féministes en Algérie se sont trompées de méthode. Elles ont, au fil de leur engagement, pris l’homme pour leur ennemi, alors qu’on ne bâtit pas une société sur l’affrontement constant, surtout dans une société conservatrice comme la nôtre.

-La Tunisie, par exemple, a avancé sur la question de la place de la religion par rapport aux lois de la République. Pourquoi en Algérie ce n’est pas encore tranché ?
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Un -Etat peut avoir une religion, il représente son peuple et les Algériens sont majoritairement musulmans. Depuis l’indépendance, la Constitution affirme que l’islam est la religion de notre Etat, ce qui n’est pas contradictoire avec les lois de la République. D’ailleurs, à l’époque où j’étais député Hamas avec Mahfoud Nahnah, la démocratie et le nationalisme algérien étaient, avec l’islam, les trois fondements de notre parti. Et c’est toujours le cas au Front du changement.

Que pensez-vous du système des quotas de femmes dans les instances politiques alors que votre parti n’a eu aucune femme tête de liste lors des législatives de 2012 ?

Je précise que la première femme à occuper le poste de vice-présidente de l’APN en Algérie était Aïcha Belhadjar, alors députée Hamas. On ne s’oppose pas à la représentation des femmes lorsque celles-ci ont le potentiel pour être élues. On ne peut pas mettre une femme en tête de liste, sachant que sa région s’oppose à cela. Il y a des régions où des partis ont présenté des femmes sans mettre leur photo sur les affiches. Que l’Etat encourage la femme à rejoindre les instances politiques, c’est bien, mais qu’il le fasse progressivement, en les formant et surtout en préparant la société.

De plus, qu’on présente aux élections des compétences et non un sexe. L’obligation de présenter des femmes a fait valoir au Parlement sa réputation. D’ailleurs, on l’appelle le «Parlement des coiffeuses» ! C’est parce qu’il manque des femmes capables de faire de la politique qu’on fait du remplissage des listes. Le peu de femmes qui ont un potentiel refusent de se présenter.

Que fait le Front du changement pour impliquer la femme dans les instances politiques, s’il s’incline à chaque fois devant le refus de la société ?

Un parti politique entre en concurrence pour gagner et non pas pour faire semblant de défendre des causes, même si elles sont perdues d’avance. Il faut commencer par impliquer les femmes dans le parti pour ensuite chercher à convaincre le reste de la société. Dans le bureau régional d’Alger, notre parti avait une seule femme responsable. Cette année, on en a trois, qui sont responsables de la communication, des questions relatives aux femmes et de la jeunesse.

Hanane Semane

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